Cet article voit le jour parce qu’un abonné de La Petite Secousse m’a fait part de ses pensées, ses interrogations sur ce sujet.

Merci à lui car j’ai appris plein de choses pendant mes recherches et c’est toujours intéressant de voir que vous êtes intéressé(e)s !

Il m’avait également transmis le lien d’un article qui traitait de ce thème et j’ai trouvé intéressant de creuser afin d’en savoir un peu plus.

Car comme le faisait remarquer cette personne, les militants de la cause animale ne mettent pas forcément en avant la reconnaissance de la conscience des animaux par le biais d’études scientifiques.

N’étant pas « scientifique », ce qui me tend à dire que les animaux ont une certaine conscience (et donc m’empêche aujourd’hui de les manger ou de les porter) est l’ensemble de mes observations, de mes interactions, de mon libre arbitre, mais jusqu’à maintenant rien n’était scientifiquement basé.

En effet, je ne me posais pas la question, cette affirmation est certainement fondée sur ma compassion, ce que je ressens pour l’espèce animale. Selon moi les animaux ont une conscience et ce n’est pas parce qu’ils ne parlent pas notre langage, qu’ils ne peuvent être dotés d’une réflexion, de ressentis.

D’ailleurs certains soutiennent que les animaux ne sont pas dotés du « langage » et donc sont inférieurs à nous, ne pensent pas. Pourtant, ils ne considèrent pas une personne muette comme un animal, non ?

– Tout d’abord, qu’est-ce que la conscience ? – 

Je ne rentrerai pas dans une définition philosophique de la conscience par peur de vous faire fuir ou de vous remémorer ces cours de terminale où l’on allait à reculons, et je dirai avec mes mots, assez simplement, que c’est avoir connaissance de ses états, de ses actes, permettant ainsi de se sentir exister, d’être présent à soi-même.

Cela implique donc de percevoir, d’observer ce qui nous entoure, de ressentir, de sentir, et de réfléchir.

Darwin affirmait, il y a environ cent cinquante ans, que la différence qu’il existe entre l’Homme et les autres espèces animales, n’est pas de nature mais de degré.

Pourtant, il y a encore quelques décennies, parler chez l’animal de conscience, c’est-à-dire des états supérieurs de l’activité intellectuelle, eût été inconcevable dans les milieux scientifiques, qui avaient une vision plus cartésienne du sujet. (Descartes soutenait que l’âme se caractérise par la pensée et que les animaux agissent par instinct : ils sont de purs mécanismes, et donc insensibles.) 

Il me semble que cette différence énoncée par Darwin est bien plus probable. En effet, si le terme « conscience » peut être appliqué à la fois à l’être humain et à l’animal, il existe des différences de degrés, d’échelles.

Sauf que reconnaître une conscience chez l’animal, c’est reconnaître qu’il observe, réfléchit et surtout ressent des choses. Comme la peur ou la douleur.

Et ça devient problématique quand on sait les traitements subis et le nombre d’élevages qu’il existe dans le monde, mais revenons à nos moutons.

Aujourd’hui, où en sommes-nous scientifiquement parlant ?

Le 7 juillet 2012, gros tremblement dans le monde de la science, vingt-six chercheurs tous autant réputés les uns que les autres ont fait des révélations lors d’un congrès à l’université de Cambridge, avec pour invité d’honneur le célèbre professeur Stephen Hawking.

Ils ont signé une Déclaration de conscience des animaux, avec pour conclusion que «les humains ne sont pas les seuls à posséder les substrats neurologiques qui produisent la conscience. Les animaux non humains, soit tous les mammifères, les oiseaux, et de nombreuses autres créatures, comme les poulpes, possèdent aussi ces substrats neurologiques».

Philip Low, un des scientifiques qui a écrit la déclaration, a expliqué au sein d’une interview que « Les zones cérébrales qui nous distinguent des autres animaux ne sont pas celles qui produisent la conscience ».

En clair, les différences qu’il existe entre les cerveaux humain et animal ne portent pas sur la zone qui concerne la conscience.

Ainsi, si la zone du cerveau qui est responsable de la conscience a des structures qui sont identiques chez les êtres humains et les animaux, comme les mammifères et les oiseaux, les scientifiques sont arrivés à la conclusion que ces animaux sont également conscients.

Ces derniers disposent donc des structures nerveuses qui produisent la conscience et donc… la douleur.

Extrait de l’article :

Low : C’est une vérité qui dérange : il était toujours facile de dire que les animaux n’ont pas de conscience. Maintenant nous avons un groupe de neuroscientifiques réputés qui étudient le phénomène de la conscience, le comportement animal, le réseau neuronal, l’anatomie et la génétique du cerveau. On ne peut plus dire qu’on ne le savait pas.

Le journaliste : Quels avantages pourraient découler d’une compréhension de la conscience chez les animaux?

Low : Il y a là une certaine ironie. Nous dépensons beaucoup d’argent pour essayer de trouver une forme de vie intelligente en dehors de cette planète alors même que nous sommes ici, entourés d’une intelligence consciente sur la nôtre. Si nous considérons qu’un poulpe – qui compte 500 millions de neurones (les êtres humains en ont 100 milliards) – réussit à produire de la conscience, nous sommes beaucoup plus proches de produire une conscience synthétique que nous le pensions. Il est beaucoup plus facile de produire un modèle avec 500 millions de neurones que 100 milliards. Cela signifie que ces modèles synthétiques peuvent être plus faciles désormais.

Pouvons-nous continuer de traiter les animaux comme des choses ?

Ces révélations ont bouleversé le scientifique :

Extrait de l’article :

Le journaliste : Les conclusions du manifeste ont-elles eu impact sur votre comportement?

Low : Je crois que je vais devenir végétarien. Il est impossible de ne pas être touché par cette nouvelle perception sur les animaux , en particulier en ce qui concerne l’expérience de la souffrance. Ca va être difficile mais j’adore le fromage.

Pour consulter l’article en entier : ici et la Déclaration de Cambridge : ici.

Les choses ont elles évolué suite à cela ?

Le législateur français a choisi d’offrir à l’animal un nouveau statut juridique par la loi du 16/02/2015 relative à la modernisation et à la simplification du droit et des procédures dans le domaine de la justice et des affaires intérieures.

L’article 2 de cette loi dispose notamment que « les animaux sont des êtres vivants doués de sensibilité. Sous réserve des lois qui les protègent, les animaux sont soumis au régime des biens ». L’animal se trouve donc extrait de la catégorie des biens.

Dans un souci de cohérence, l’actuel article 528 du Code civil relatif aux biens meubles ne mentionne plus les animaux.

Victoire ?

Et bien non, ce changement est minime car l’animal est depuis longtemps déjà considéré comme un être sensible dans le droit national* et européen, et cela n’empêche nullement son exploitation. En outre, l’article ne concerne que les animaux domestiques et non pas les animaux sauvages.

*La portée est symbolique, puisqu’il s’agit d’une mise en cohérence entre le code civil et le code rural et qu’il n’y a pas de changement de statut de l’animal.

En Allemagne ou en Suisse, les animaux sont expressément distingués des choses.

Quelques exemples (liste très minimaliste) permettant de reconnaître que les animaux sont dotés de conscience :

Les singes

Chez les primates, certains comportements sont élémentaires : mimiques, vocalises et gestes pour signifier l’épouillage, l’accouplement, l’agression, la soumission, le jeu, l’instruction des petits, etc. D’autres témoignent plus d’une flexibilité mentale pour s’adapter à une situation nouvelle, et même de tenir compte de l’état d’esprit de l’interlocuteur, tels des comportements de séduction, de réclamation, qui sont produits indépendamment du contexte habituel. Autant de comportements moteurs, sans paroles, qui témoignent de l’existence de capacités élaborées de communication, autrement dit d’un langage performant, mais sans paroles.

Ce langage est différent de celui des humains, comme l’ont montré les nombreuses expériences faites pour apprendre le vocabulaire utilisé par les hommes à des singes.

Cet abonné dont je vous parlais au début m’a raconté qu’un ami a lui a travaillé dans un laboratoire aux Etats-Unis afin d’apprendre à des singes à s’exprimer par ordinateur. Il m’a informé que cet individu avait de réelles conversations avec les primates.

En effet, les bonobos par exemple, peuvent apprendre des dizaines, voire des centaines de mots ; ils peuvent même faire une phrase élémentaire.

Toujours concernant des expériences américaines, une singe nommée Koko a appris la langue des signes. Voici ce que Koko a répondu aux questions sur la mort qui lui ont été posées :

  • Question : « Où vont les gorilles quand ils meurent ? »

  • Koko : – « Confortable-trou-adieu. »

  • Q : « Quand est-ce que les gorilles meurent ? »

  • Koko – « Soucis-vieux. »

  • Q : « Comment les gorilles se sentent-ils quand ils meurent ? Heureux, tristes, effrayés ? »

  • Koko – « Dormir. »

Il y a donc une présomption très forte de la conscience de la mort chez l’animal, qui se retrouve chez le gorille argenté Michaël, orphelin élevé avec Koko. Questionné sur sa mère, il évoqua le souvenir qu’il avait de son massacre par des braconniers dans la jungle africaine, alors qu’il était bébé, expliquant :

« bousculade – [pour] – viande – gorille, grimacer – bataille, hurler-de-douleur, vacarme-retentissant, terreur – chagrin – faire – face – en – grimaçant, couper – le – cou, bouche – mère -[rester]- ouverte »  (traduction approchée de l’ASL, Langage des Signes Américain).

Cette réponse traduit bien le fait que le singe se rappelle ce qu’il a vécu, et qu’il a été conscient de ce qui s’est passé à ce moment là, la peur qu’il a ressenti est restée gravée en lui ce qui lui permet d’en « parler » postérieurement, avec les signes qu’il a mémorisé.

Un article sur Koko.

Le singe n’est pas doué pour la parole mais peut communiquer par d’autres biais. Il n’a pas un intérêt particulier pour le mode d’expression des hommes. Ce qui n’empêche pas qu’il peut apprendre un langage, en associant sélectivement des objets ou des concepts à un mode d’expression, comme l’homme.

L’homme est doué pour apprendre un langage, mais son langage s’exprime d’une manière différente de celle des singes qui ne parlent pas. Ce qui est logique car si on inverse la situation, la difficulté serait autant présente si un singe voudrait apprendre à l’homme à sauter de branche en branche, .

Les poules

Les éthologues ont découvert qu’elles sont futée et ont des capacités de communication voisines de celles de certains primates. Quand elles prennent des décisions, elles tiennent compte de leurs expériences et de leurs connaissances sur la situation. Elles peuvent résoudre des problèmes complexes et se montrer compatissantes envers des individus en danger.

Pour en savoir plus ici.

Les éléphants

Les éléphants ont un cerveau qui pèse environ quatre kilos, avec un cortex cérébral qui est le plus volumineux connu.

Leurs neurones sont plus gros que chez les primates mais répartis de façon moins dense. On en compte environ dix milliards dans le cortex cérébral au lieu de vingt milliards chez l’homme et six milliards et demi chez le chimpanzé.

Les éléphants ont des points communs avec l’homme :

– l’expérience de vie : de l’ordre de soixante à soixante- dix ans ;

– la dépendance de l’éléphanteau auprès de la mère  ;

– l’utilisation de branches comme outils (par exemple, pour éloigner les mouches) ;

– l’utilisation de pierres pour éloigner les importuns, etc.

Ils ont aussi des comportements plus élaborés :

– la compassion devant des congénères blessés ;

– la prise de conscience de la mort : ils couvrent de feuilles les cadavres ;

– l’entraide : ils aident un animal à sortir d’un trou ou font plusieurs tentatives pour mettre sur pied un éléphant mort.

Autant de comportements qui traduisent une réflexion concernant son environnement de vie avec une utilisation des ce qui l’entoure, un attachement et un respect de ses congénères, une conscience de son existence…

Entre autres, leur mémoire est réputée puisqu’ils reconnaissent le cri particulier de plusieurs dizaines de leurs congénères, même à une très grande distance, et, dans la savane, ils sont capables de retrouver des points d’eau distants de plusieurs dizaines de kilomètres.

Les poulpes

Les poulpes n’ont pas un QI d’huitre ! Les premiers travaux concernaient leurs cerveaux et, notamment, les structures cérébrales du poulpe impliquées dans l’apprentissage et la mémoire.

Les recherches sont loin d’être terminées, mais une conclusion s’impose : les céphalopodes sont dotés de capacités cognitives comparables à celles des vertébrés. Camouflage, vision, innovation, tromperie, apprentissage, mémoire, sont des facettes de leur intelligence.

Les corbeaux

Le corbeau a un cerveau relativement grand au regard de sa taille. Avec un cortex cérébral très développé, comme chez le chimpanzé.

Ils sont capables de confectionner des outils, afin de déloger des insectes à l’aide de brindilles, qu’ils savent tordre pour s’en servir comme hameçon.

Ils peuvent également sculpter un objet pour attraper de la nourriture au fond d’un tube ou cacher pendant plusieurs mois sur de grandes surfaces des milliers de graines qu’il peut retrouver facilement.

Il semble aussi que le corbeau puisse mentir. Il peut, par exemple, faire semblant de cacher de la nourriture qu’il cache en la recouvrant d’herbe, de sorte qu’un autre corbeau qui observe la scène soit trompé.

Les corbeaux sont donc perspicaces, capables de raisonnement, d’anticipation, voire d’imagination.

L’abeille

Les abeilles communiquent par le biais de la danse, informant les autres abeilles de la présence d’une source de nourriture, de la distance et la direction à suivre.

Elles sont extrêmement organisées niveau social et peuvent reconnaître des couleurs, elles perçoivent aussi le dessous du dessus etc.

Pour en savoir plus : ici.

Les cochons

Certains tests sur le quotient intellectuel des cochons ont prouvé que leur intelligence pouvait être supérieure à celle des chiens ou même des chimpanzés. Une étude scientifique de l’université Emory d’Atlanta, aux Etats-Unis, révèle en effet que les porcs sont à considérer comme des êtres vivants très intelligents, et dotés d’une excellente mémoire.

Ils développent des liens très étroits avec leurs congénères, et sont ainsi capables de développer de l’empathie les uns envers les autres en coopérant ou en apprenant du comportement d’autrui.

Pour en savoir plus : ici.

L’abattage montre combien le porc est conscient de ce qui se passe et combien il se débat pour tenter de s’échapper. Des témoignages de bouchers disent : « On peut le voir dans leurs yeux, ils savent ce qui va leur arriver« .

Et encore plein d’autres que je ne peux citer sans quoi l’article serait extrêmement long !!!

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