Une expérience d’une semaine à l’Elephant Nature Park à 60 km de Chiang Mai, en Thaïlande, afin de m’occuper des éléphants :

Contexte 

Il y a deux ans, je suis partie à la découverte du Vietnam et un de mes rêves était de voir des éléphants. Suivant les conseils d’un local, je me suis rendue dans un endroit retiré et une fois sur place j’ai été surprise de voir un éléphant harnaché, portant une énorme nacelle, attendant patiemment l’heure d’une éventuelle promenade. Je me suis retrouvée sur son dos mais mon cœur était triste. Au fond de moi, je me sentais mal, je n’espérais pas les choses comme cela, ce n’était pas juste.

Tout le long de la promenade, j’essayais de me persuader que l’éléphant ne souffrait pas. Il n’avait pas l’air en soi maltraité, pourtant son dresseur gardait toujours dans sa main un outil ressemblant à un marteau pointu ou plutôt un pic à glace. Je tentais de profiter un maximum de cette expérience mais il était impossible pour moi de me convaincre de ma bonne action.

Regrets

Des mois après cette histoire, un goût amer perdurait dans ma bouche lorsque je repensais à cet éléphant. Quel était son quotidien ? Qu’avait il subit ? Je n’en savais strictement rien mais je me doutais que le bâton avait du s’abattre plusieurs fois sur lui pour qu’il soit propre à être utilisé pour le tourisme.

Ça n’allait pas, je n’avais pas fait les choses bien, j’avais certainement cautionné une souffrance, une exploitation animale.

Donner de soi

Environ deux ans après, c’était toujours dur pour moi d’y repenser et je ressentais le besoin d’agir en faveur des éléphants, afin de rééquilibrer la balance. J’ai recherché sur internet des sanctuaires qui recueillent des éléphants et au sein desquels on peut être bénévole. J’ai finis par tomber sur le blog d’une fille qui raconte combien son expérience au sein de l’Elephant Nature Park l’a changée et bouleversée.
Intriguée, j’ai parcouru leur site, le cœur battant de plus en plus fort, face à l’évidence : c’est ça que je voulais vivre !

Le soir, j’avais réservé ma semaine de bénévolat auprès des éléphants.

Première impression

L’arrivée sur les lieux était magique, le parc est immense et on apercevait déjà quelques majestueux éléphants au loin et toute l’agitation des bénévoles et locaux qui travaillent au quotidien pour faire vivre ce parc.

La première journée est consacrée à la transmission d’informations concernant ces magnifiques créatures. Si on est ici, c’est pour s’occuper d’animaux qu’on ne côtoie jamais et dont on ne sait pas grand chose. Il faut donc apprendre un minimum de règles à respecter lorsqu’on est proche d’eux, mais également leur mode de vie et ce qu’ils ont vécu avant d’être recueillis au sein de la réserve.

Leur histoire

Ces animaux ont tous soufferts. Énormément. Je n’aurai jamais imaginé à quel point.

Si les éléphants continuent encore de souffrir aujourd’hui, c’est à cause des hommes. Ceux qui payent pour monter sur leur dos pour des excursions, ceux qui vont au cirque voir leurs acrobaties, ceux qui se divertissent en les regardant faire des tours dans la rue, des spectacles…

Mais généralement ces gens ne savent pas ce qui se cache derrière tout cela. Alors on ne peut les blâmer.

Afin que cela cesse un jour, je me dois de vous transmettre les informations que j’ai apprises, qui sont toujours d’actualité, pour que vous ne cautionnez pas cela et qu’à votre tour, vous puissiez en parler autour de vous.

Car les éléphants exploités que vous avez peut être déjà vu, ou que vous verrez dans vos vies ont été brisés par les hommes. Tous ceux qui font des promenades touristiques, tous ceux qui sont dans les cirques, tous ceux qui travaillent pour l’homme ont été kidnappés alors qu’ils étaient bébés.

La méthode peut varier mais elle est toujours très risquée et conduit souvent à la mort de la mère, des nounous ou même du bébé. Il n’est donc pas rare que pour un éléphanteau capturé, une, deux ou trois éléphantes qui voulaient le protéger soient assassinées.

Il faut savoir qu’une mère éléphante n’abandonne pas son enfant et qu’un éléphanteau est également sous la surveillance de trois ou quatre « nounous ». Il est quasiment impossible qu’un éléphanteau se retrouve seul. Les dresseurs qui vous diront que l’éléphanteau étaient orphelin ou abandonné cachent la vérité afin de vous rassurer et empocher votre monnaie, car c’est sa source de revenus.

Une fois le bébé kidnappé, il va subir ce que l’on appelle le « phajaan« .

L’origine du phajaan mêle croyance ancestrale et magie noire, encore présente en Thaïlande. Cette croyance se fonde sur le fait que l’on peut séparer l’esprit d’un éléphant de son corps afin qu’il soit domestiqué, qu’il perde son instinct naturel sauvage et ainsi être complètement sous le contrôle de l’homme.

Cette pratique n’est rien d’autre que de la pure torture. Une torture qui dure environ sept jours, durant lesquels le bébé est poussé à bout,  jusqu’au point où il souffre tellement qu’il accepterait n’importe quoi pour ne plus revivre ce moment traumatisant.

J’ai décidé de ne pas mettre d’image ou de vidéo sur le phajaan, ce sont des images d’une violence dure, qui peuvent vraiment choquer des personnes sensibles. Si vous souhaitez en savoir plus sur cette pratique, je vous laisse le soin de faire vos propres recherches.

Pour vous expliquer – par écrit – de manière plus précise le phajaan, les éléphants sont attachés dans des cages très exiguës, chaque membre est paralysé grâce à des cordages, leur trompe même est attachée afin qu’ils ne se suicident pas. En effet, certains éléphanteaux se mordaient la trompe pour se vider de leur sang ou réussissaient à s’emparer de pierre afin de se tuer et de se libérer enfin de toutes ces souffrances infligées.

S’en suit alors une maltraitance quotidienne durant laquelle le bébé est tapé sans cesse à des endroits précis, sensibles, ou la peau est fine, avec le bullhook (ce dont je vous parlais plus haut). Il ne peut s’enfuir puisqu’il est attaché, il est donc obligé de subir ce traitement sous les incantations des marabouts.

En outre, ils sont affamés, assoiffés, on les maintient éveillés, on les électrocute afin qu’ils soient poussés à bout. Parfois on leur bande les yeux et on les force à tourner en rond, sans répit. Les chaines ou corsages laissent leur peau à vif, les douleurs sont intenses et conduisent à un point de non retour.

Une fois que le marabout estime que l’âme de l’éléphant a quitté son corps, il arrête de le torturer. De toute façon, il sait qu’il a instauré en l’éléphant une peur irréversible de l’homme. Il l’a gravé dans sa mémoire à vie. La simple vue du bullhook lui rappelle les traumatismes qu’il a subit.

Il faut savoir que 50% des éléphants ne survivent pas à cette épreuve. De nombreux survivants deviennent fous ou tuent leur dresseur. Les autres sont alors prêts pour la phase de dressage.

Cette phase s’apparente à un autre genre de torture et est effectuée par le mahout (dresseur), qui, s’il n’a pas brisé l’éléphant, continuera à utiliser le bullhook pour apeurer le bébé. Il va apprendre à l’éléphant toute sorte de tours, acrobaties, qui permettront d’exploiter l’animal et lui faire gagner de l’argent.

Si l’éléphant essaie de se rebeller, il sera puni.

Les dresseurs ont pour habitude de donner des « piqûres de rappel » à l’animal en les frappant à certains endroits pour leur rappeler qu’ils peuvent à tout moment revivre le traumatisme du phajaan. Dans la majeure partie des cas, l’éléphant a un point sensible (voir une plaie constante) sur lequel le dresseur appuiera de façon discrète.

Lek Chailert, fondatrice de l’ENP

La fondatrice, une femme hors du commun, se bat au quotidien depuis son plus jeune âge, contre ces traitements ignobles et l’exploitation animale qui s’en suit. Elle rapatrie des éléphants exploités des pays de l’Asie du Sud Est au sein de son parc afin de leur offrir une fin de vie sans souffrance. Elle met tout en oeuvre pour que cette tradition n’en soit plus une et que l’on respecte entièrement ces êtres magnifiques. Elle sensibilise les plus jeunes en payant des écoles alentours pour venir passer la journée dans le centre, ces enfants pourront ainsi en parler à leurs proches, elle transmet son savoir aux bonzes (moines) qui pourront à leur tour en parler à la population, ainsi qu’aux touristes-bénévoles qui, de retour chez eux sensibiliseront leur entourage.

Elle mène un combat extrêmement courageux et j’étais très admirative et honorée de la rencontrer et de l’écouter nous parler de sa vie, de ses convictions et de ses projets. Elle a su nous partager sa motivation et sa détermination afin de faire de se monde quelque chose de meilleur et de respecter tous les êtres vivants et d’ouvrir les yeux sur les exploitations animales quelles qu’elles soient. Il faut toujours avoir un oeil critique sur ce que l’on voit et réfléchir avant de prendre part à une activité qui impliquerait un animal.

Les animaux de cirques ne sont que des animaux torturés et exploités depuis leur plus jeune âge.

Les tigres que l’on caresse et embrasse pour les photos sont sous drogues et totalement accros.

Les poissons qui mangent les peaux mortes des pieds sont affamés afin qu’ils se jettent sur nos voûtes plantaires et leur eau n’est pas changée.

Les singes de rue sont arrachés de leur milieu naturel.

Etres sensibles

Les éléphants ne sont pas des machines, on ne peut pas exploiter leur force, ils ne sont pas non plus un divertissement. Ils sont des animaux sauvages qui vivent en communauté et prennent soin des leurs. Ils sont extrêmement intelligents et se rappellent très bien de faits passés. La fondatrice nous a raconté des anecdotes qu’elles avaient vécu au sein du parc, démontrant leur mémoire et les interactions qu’ils ont entre eux. Comme le fait qu’un éléphant, 30 ou 40 ans après se souvenaient d’un mahout qui l’avait dressé et qui refusait de manger la nourriture donné par ce dernier.

Chaque jour, en les observant, j’ai pu voir combien elle disait vrai, combien ces énormes créatures pacifiques étaient intéressantes, minutieuses, attentionnées.

La plupart des pachydermes recueillis ont gardé des séquelles psychologiques (forcément) de leur passé mais également physiques. Des blessures, des fractures non soignées, des déficiences visuelles (de nombreuses éléphantes sont aveugles notamment à cause des lumières artificielles des cirques ou des mauvais traitements des hommes qui leur appuient sur les yeux pour les contraindre).

Blessures / fractures aux pattes

Connaitre leur passé, leur histoire permet de se donner à fond pour ces êtres afin d’essayer de compenser un peu ce qu’ils ont subi et de leur apporter du bonheur, une certaine sérénité.

Pour ma part, j’étais complètement dévouée. Je m’appliquais du mieux que je pouvais pour les missions que nous avions à réaliser.

Côtoyer ces majestueuses créatures de près, pour les nourrir et les laver, mais aussi de loin, simplement en les observant assouvir leurs besoins vitaux comme se couvrir de boue, jouer dans l’eau ou vivre en famille est une expérience d’une vie qui bouleverse tout ce que l’on peut imaginer.

Jusque dans la nuit, nous étions avec les éléphants. Notre chambre était proche de leurs abris et chaque milieu de nuit, je me réveillais et les entendais se parler. C’était incroyable. Il est facilement possible de discerner les différentes voix, façon de s’exprimer. Je me rendormais le sourire aux lèvres, en me laissant bercer par leur conversation.

Des moments hors du commun

Ce qui est étonnant c’est leur personnalité, après quelques jours, on arrive à en reconnaître certains et a remarquer leurs traits de personnalité. Je partage avec vous cette vidéo montrant le plus jeune, Jindee, dans le bain, entouré de sa maman et de ses nounous qui veillent sur son bien être, ainsi que de son grand frère, Navaan, qui s’est fait voler la vedette par le petit. Pourtant, on peut voir qu’il tente d’attirer l’attention ! Cette vidéo m’a à la fois émue aux larmes et fait rire. Ces deux petits sont insouciants et n’ont pas été maltraités par les hommes. Ce sont des éléphants. Les autres n’en sont malheureusement que l’ombre.

P3170536 (il faut enregistrer les vidéos pour les visionner)

Dans cette vidéo, vous verrez comment l’éléphante aide le petit à sortir du bain !

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L’ENP c’est aussi un refuge pour environ 300 chiens, 200 chats, des vaches sauvées de l’abattoir, des chevaux, des singes… car chaque être vivant mérite de vivre.

Même la plus timide a le droit à son calin

Les vaches adorent les gratouilles

Une fleur… afin de cacher un trou faire par le bullhook

C’est l’heure du bain !

Chaque être est traité avec attention

L’éléphant et son dresseur, qui a abandonné les mauvais traitements

Repas sans cruauté, végétal et délicieux 

Toujours sous la protection d’un adulte

Atelier cuisine !

De l’amour pour tous !

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